Laurent Berger : le risque que ça tourne mal

Publié le 21/01/2019

Vous trouverez ci-joint une interview de Laurent Berger, Secrétaire Général de la CFDT, au quotidien LA MONTAGNE.
Gilets Jaunes, populismes, extrêmes droite et gauche, débat national, place des corps intermédiaires...La CFDT maintient le Cap et défend ses valeurs.

La Montagne - 20/01/2019

LAURENT BERGER Le secrétaire général de la CFDT, premier syndicat français, ne transige pas avec les valeurs

« Le risque que ça tourne mal »

Depuis le début de la crise des « gilets jaunes », le lea- der du premier syndicat français, public/privé con- fondus, insiste sur le rôle des corps intermédiaires et met en garde contre certai- nes paroles publiques trop « complaisantes ».

Un peu comme une vigie, Laurent Berger est de ceux, attachés à certaines valeurs, qui ne tanguent pas dans la tem­ pête. Le secrétaire de la CFDT évoque sa « vision de l’intérêt général ».

Quels espoirs mettez-vousdans ce « grand débat » qui débute ?
Débattre, échan­ ger… c’est l’ADN de la CFDT. Nous souhaitons nous inscrire  dans ce dé­ bat, tout en exigeant que son indépendance soit ga­ rantie et qu’on fasse quel­ que chose de ses conclu­ sions. Nous appelons à la tenue d’un « Grenelle du pouvoir de vivre », à l’is­ sue de la première phase du débat. Il faut une pha­se de concertation à la fin, un temps de démocratie sociale avant la prise de décision. Sinon tout cela n’aura pas de sens.

Concrètement, comment la CFDT compte-t-elle œuvrer ?
Nos militants sont aussi des citoyens qui feront valoir nos propositions à travers les débats organisés sur le territoire.
Nous ­mêmes allons organiser des débats sur les 4 thèmes évoqués, en y ajoutant le grand absent : le pouvoir d'achat.

■ Les « gilets jaunes » ont obtenu des résultats. Un constat d’échec pour des syndicats susceptibles d’être délégitimés ?
Il y a eu un soutien populaire aux « gilets jaunes ». Le gou­vernement a cédé, il est vrai, alors que les syndi­cats demandaient la même chose, notamment sur la CSG, avec des mobi­lisations souvent bien plus importantes. Je crois que cela  doit  interroger, en premier  lieu,  le  pouvoir sur sa conception de la démocratie. Mais pas seu­lement. Comme les politi­ques, comme les médias, la capacité des syndicats à se faire entendre est inter­ rogée. Mais ce n’est pas la fin du syndicalisme. Cette crise dit au contraire que lorsque  l’on croit  pouvoir se passer des corps inter­médiaires, cela revient auvisage comme un boome­rang.
Si le Président n’a pas compris cela, il y aura de quoi désespérer. La place de premier syndicat récemment acquise par la CFDT montre qu’on a be­ soin d’une parole forte mais qui négocie car la réalité est plus compli­ quée qu’un slogan. C’est la victoire d’un syndicalis­ me exigeant et constructif.

■  À diverses reprises, vousavez mis en garde contre des dérives  du  mouvement  des « gilets jaunes »…

Ce n’est pas qu’une crise sociale. Elle est démocratique éga­ lement, avec le risque que ça tourne mal pour les li­ bertés, pour une certaine conception de la démocra­ tie. J’ai pu choquer, au dé­ part, lorsque je critiquais cette logique totalitaire qui consiste à obliger des ci­ toyens à signer une péti­tion ou à mettre un gilet ja une pour pass er à un barrage. Cela n’enlève rien au fait que des gens vivent des situations inaccepta­bles et je comprends cette colère sociale. Mais des ex­trêmes de droite et de gau­ che sont venus la récupé­ rer. Ce mouvement a dans ses soubassements une lo­gique réactionnaire. On se retrouve avec des violences qui touchen t d es bâti­ ments, des élus de la Répu blique, des journalistes… Il est respectable d’exprimer une colère de façon pacifi­que, mais je n’ai aucune sorte de fascination pour ceux qui utilisent la violence à des fins anti­démocra­tiques. À cet égard, il y a eu des paroles publiques trop complaisantes. Je ne suis pas naïf. À la fin, tout cela sert l’extrême droite.

■  Depuis le début de cette crise, vous semblez ne pas tanguer. Or, vous pourriez nourrir quelques rancœurs.
Je refuse les outrances, la violence, le  totalitarisme. Je suis profondément atta­ ché aux valeurs démocra­ tiques, au respect de cha­ cun. Il est normal  qu’il y ait des confrontations. Mais, les intérêts des uns n’ étant pas ceux des autres, il faut faire émer­ ger de s s olutions , d es compromis. Je n’ai pas d’ennemi, sinon l’extrême droite. Comme beaucoup d’entre nous, j’aurais pré­ féré me passer de cette crise. La posture serait de se planquer en attendant que ça passe . Je veux pour ma part, pouvoir répondre  à  une  question simple que chaque acteur de la société doit se poser. De là où je suis, aurai-­je fait le nécessaire pour ne pas que l’on tombe dans une  logique  totalitaire ? Dont  d’ailleurs  les  tra­vailleurs sont toujours les premières victimes.  Voilà pour quoi,  malgré  les amertumes  qui  peuvent exister, la CFDT continue­ra  à  défend re  les  tra­vailleurs et à porter sa vi­sion de l’intérêt général.

2019 01 22 La Montagne

TÉLÉCHARGEMENT DE FICHIERS